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Homme de confiance de Napoléon. Connu pour sa cruauté envers ses subordonnés
Pierre Charrier  
Nouveau monde - La Bibliothèque Napoléon 2005 /  34 € - 222.7 ffr. / 832 pages
ISBN : 2-84736-111-1
FORMAT : 14,0cm x 22,5cm

L'auteur du compte rendu : Agrégé d’histoire et titulaire d’un DESS d’études stratégiques (Paris XIII), Antoine Picardat est professeur en lycée et maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Ancien chargé de cours à l’Institut catholique de Paris, à l’université de Marne la Vallée et ATER en histoire à l’IEP de Lille, il a également été analyste de politique internationale au ministère de la Défense.
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Le maréchal Davout est un personnage situé dans une sorte de pénombre historique. Il est bien connu des spécialistes de l’Empire et de l’histoire militaire. Il est peu connu du grand public. Les premiers connaissent ses immenses qualités d’homme de guerre, les seconds ignorent presque qui il est. Ou alors, ils l’ont croisé par hasard et en ont une idée ambiguë. Stendhal fait son éloge dans Rome, Naples et Florence. Dans La Guerre et la paix, Tolstoï le place face à Pierre Bezoukhov, dans une scène mémorable à l’issue de laquelle le maréchal épargne le héros qui jouait au soldat en pleine retraite de Russie. Mais dans l’«Index des personnages historiques» de la fin du roman, on peut lire : «Davout (duc d’Auerstadt, prince d’Eckmühl). Maréchal français. Homme de confiance de Napoléon. Connu pour sa cruauté envers ses subordonnés.» Et voilà la réputation d’un homme faite pour un siècle et plus ! Bien sûr, on peut se dire que Tolstoï était Russe et qu’il exagère, mais on est troublé et on ne sait pas très bien quoi penser de ce grand soldat.

L’épaisse bibliographie que consacre aujourd’hui Pierre Charrier à Davout permet de répondre à ces questions, et à beaucoup d’autres, en comblant un curieux vide historiographique. Les érudits savent que Davout fut l’un des meilleurs généraux d’un temps riche en grands noms. Derrière, loin derrière, l’intouchable Napoléon, on le trouve en tête du peloton des brillants seconds, où figurent également l’archiduc Charles, Koutousov, Dumouriez, Suchet ou Masséna. Pourtant, peu de recherches lui ont été consacrées. Les campagnes et les batailles auxquelles il participa sont archi-connues, on sait qu’il fut un remarquable commandant, mais on ne l’a pas vraiment étudié. Dans la préface, Jacques Garnier rappelle que l’on ne compte sur Davout que deux biographies sérieuses : celle du docteur Hourtoulle et celle du colonel suisse Daniel Reichel. La seconde étant d’ailleurs incomplète, l’auteur ayant disparu bien avant d’avoir achevé son travail. Davout était pourtant un homme qui ne laissait pas indifférent, et ses contemporains ont multiplié les avis sur lui. Des jugements pas toujours aimables. On en sait donc beaucoup sur lui, mais on le connaît assez mal.

Le livre de Pierre Charrier permet de suivre les principales étapes de la carrière du maréchal. D’un an plus jeune que Napoléon, Davout passe aussi par l’école militaire. Jeune officier, il s’enthousiasme pour la Révolution, au point qu’il est à l’origine de graves incidents dans son régiment. Ayant quitté l’armée une première fois, il y revient avec les Volontaires de 1791, avant que ses origines nobles ne le contraignent à une seconde parenthèse. Il est général dans l’armée du Rhin, lorsque Desaix l’emmène avec lui pour rejoindre l’armée d’Égypte prête à embarquer. C’est le coup de pouce du destin, qui lui permet de faire la connaissance de Bonaparte et d’intégrer son clan. Les deux hommes mettent plusieurs années à s’apprécier. C’est en 1801-1802 que le Premier consul découvre le brillant esprit militaire de Davout, qui est en 1804 le plus jeune de la première promotion de maréchaux. À la tête du IIIe corps, dont il a fait le meilleur de la Grande Armée, il s’illustre à Austerlitz, à Auerstadt, à Eylau, à Eckmühl et à Wagram. De tous ses maréchaux, il est celui en qui Napoléon a le plus confiance. Il sait que Davout comprend se pensée et sait manœuvrer pour permettre à ses combinaisons de triompher. C’est ici que l’on mesure combien il est dommage que la cartographie de l’ouvrage soit à ce point indigente. Les neuf malheureuses cartes blotties en fin de celui-ci souffrent de graphismes antédiluviens et sont souvent d’échelles dont le choix est incompréhensible. En tout cas, mal placées dans le livre et inadaptées au texte, elles n’aident pas le lecteur.

Pierre Charrier consacre de nombreuses pages à Auerstadt. Le 14 octobre 1806, Davout, à la tête de son seul IIIe corps, se heurte au gros de l’armée prussienne, deux fois plus nombreuse, qui tente d’échapper à Napoléon. Pendant que l’empereur bat une grosse arrière-garde prussienne à quelques lieues au sud, à Iéna, Davout fait front seul à Auerstadt. Non seulement il résiste, mais il repousse les Prussiens. C’est grâce à cet éclatant succès, l’un des plus remarquables de toute l’histoire militaire, que Iéna est une grande victoire. Auerstadt établit définitivement la réputation de Davout auprès de Napoléon et dans toute l’Europe : celle d’un des meilleurs généraux de l’époque.

L’homme et le chef que l’on découvre en même temps permettent aussi de comprendre le jugement rapporté par Tolstoï. Davout était un chef efficace mais très dur. Une sorte de monolithe inébranlable, presque une caricature de militaire. On disait que le IIIe corps était, de toute l’armée, «celui où l’on mangeait le mieux et où l’on fusillait le plus». Pour Davout, les bases de l’efficacité et du succès sont l’ordre et la discipline ; une répression inflexible permet d’y parvenir. Il ne recule d'ailleurs devant aucune mesure pour impressionner ou briser les résistances, lorsqu’il commande dans un environnement hostile, comme en Allemagne entre 1809 et 1812, et à Hambourg en 1813-1814. Cette dureté et un caractère épouvantable ne le rendent pas très populaire. Il est redouté de ses adversaires, souvent haï dans les régions où il commande et pas très aimé dans la Grande Armée. Mais peu lui importe : il est intègre, fait son devoir et sert l’empereur avec efficacité.

Il est tout à fait étonnant de voir comment la destinée de Davout suit celle de son maître. S’il ne connut jamais la défaite, son étoile pâlit elle aussi à partir de 1812. Il maîtrise moins les événements et ne sait plus peser sur eux comme auparavant. Sans doute trop rigide, il ne s’adapte pas aux terribles conditions de la retraite de Russie et aux changements qu’elles imposent dans la manière de commander. Là où Ney fut sublime, Davout est comme groggy. Et puisque Napoléon cherchait des bouc-émissaires à ses propres erreurs, Davout semble tout désigné. Les rapports de confiance entre les deux hommes ne s’en releveront jamais.
En 1813 et 1814, Davout se trouve en marge des opérations principales. Après s’être fait détesté à Dresde, il est placé à la tête des forces de la région de Hambourg. On a souvent parlé d’une disgrâce. Pierre Charrier assure que non. En tout cas, il ne participe pas à la campagne, commettant même, semble-t-il, une erreur lourde de conséquences en ne marchant pas sur Berlin pour rejoindre Oudinot. Pendant les Cent Jours, il est ministre de la Guerre. Il connaît dans ces fonctions une triste fin de carrière. Mal à l’aise à ce poste, ayant avec Napoléon des rapports difficiles, il manque beaucoup à Waterloo. Ensuite, il est le jouet de Fouché, qui l’utilise pour faire accepter à l’armée la seconde abdication, la seconde Restauration, puis le renoncement à combattre l’ennemi sous les murs de Paris. Aux yeux d’une bonne partie de l’armée, il endosse le costume du traître.

On peut regretter que Pierre Charrier ait cédé à la tentation que connaît quiconque travaille sur les guerres de l’empire : refaire Waterloo. Il évalue les responsabilités des uns et des autres dans le désastre. Dans ce stérile exercice vieux de 190 ans, il charge Grouchy et relaxe Napoléon. Guère convaincant. Et puis, alors que Davout était dans son bureau de la rue Saint Dominique pendant ces sinistres journées, il nous propose un «et si…» Davout avait été là. Sympathique mais franchement pas nécessaire.

Le Maréchal Davout est au total un ouvrage utile et équilibré. Le travail de Pierre Charrier est extrêmement documenté. Il est le fruit de 20 ans de recherches et de réflexion qui lui ont permis de parfaitement maîtriser son sujet. Il a dépouillé les archives, lu les mémoires, étudié la littérature militaire. Il est parvenu à une connaissance sur Davout, qu’il situe constamment dans une période qu’il maîtrise parfaitement. Ainsi mise en perspective, la biographie est un véritable travail d’histoire. Mais il ne s’agit pas d’un ouvrage d’initiation, destiné à un public néophyte. Pierre Charrier analyse plus qu’il n’explique, il discute plus qu’il ne décrit, il polémique même volontiers. Pour tirer profit de son travail, il faut au préalable avoir des idées assez claires sur la période et connaître la manière dont on y faisait la guerre. Le ton rappelle souvent Bainville, plusieurs fois cité d’ailleurs. Une façon d’écrire précise et sophistiquée. Un ton sévère, des jugements arrêtés, mais toujours argumentés. Quelques sentences un peu définitives sur «l’esprit français» ou «l’âme allemande», qui semblent sorties tout droit de la Belle Époque.

Si Pierre Charrier éprouve pour Davout du respect, voire de l’admiration, il est aussi critique et ne cache ni ses erreurs, ni ses limites. Il rend hommage à celui qui fut selon lui un grand Français, que les Français ne surent pas reconnaître à sa juste valeur, à celui qu’il présente comme un homme droit, et qui préféra toujours servir plutôt que plaire.


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 23/12/2005 )
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